Médicaments, Technologies de la santé, Systèmes de santé

Recommandation en vue du remboursement

Omavéloxolone (Skyclarys)

Indication : Dans le traitement de l’ataxie de Friedreich chez les patients et patientes de 16 ans ou plus.

Promoteur : Biogen Canada

Recommandation finale : Rembourser sous réserve de conditions.

Résumé

Quelle est la recommandation concernant le remboursement de Skyclarys?

L’Agence des médicaments du Canada (CDA-AMC) recommande aux régimes d’assurance médicaments publics de rembourser Skyclarys dans le traitement de l’ataxie de Friedreich (AF), sous réserve de certaines conditions.

Qui est admissible?

Skyclarys ne doit être remboursé que dans le traitement de l’AF dont le diagnostic génétique a été établi chez des patients et patientes de 16 ans et plus dont le score à l’échelle modifiée d’évaluation de l’ataxie de Friedreich (mFARS, de l’anglais modified Friedreich’s Ataxia Rating Scale) est de 20 à 80. L’échelle mFARS mesure l’atteinte par la maladie de la fonction bulbaire, de la coordination des membres supérieurs et inférieurs, de même que de l’équilibre.

Quelles sont les conditions de remboursement?

Skyclarys ne doit être remboursé que si le suivi est fait par un clinicien ou une clinicienne d’expérience dans le traitement des ataxies, et son cout doit être réduit. Enfin, le traitement par Skyclarys doit cesser s’il y a une hausse, sur une période d’un an, de plus de deux points du score à l’échelle mFARS, ou si une hausse fait en sorte que ce score dépasse 80.

Pourquoi CDA-AMC formule-t-elle cette recommandation?

Autres renseignements

Qu’est-ce que l’ataxie de Friedreich?

L’ataxie de Friedreich (AF) est une maladie héréditaire rare qui affecte le système nerveux et les muscles. L’AF débute généralement dans l’enfance ou l’adolescence. Les premiers signes sont souvent des troubles de la marche et de l’équilibre. Au fil du temps, les personnes peuvent également présenter des troubles de l’élocution, des difficultés à avaler, des lésions nerveuses, des problèmes de vision et d’audition et des troubles de la coordination. De nombreuses personnes atteintes d’AF développent également des problèmes cardiaques. L’AF réduit l’espérance de vie, principalement en raison de complications cardiaques. En moyenne, les personnes atteintes d’AF vivent jusqu’à environ 37 ans. Au Canada, on estime qu’entre 300 et 1 000 personnes vivent avec l’AF.

Besoins non comblés des personnes atteintes d’ataxie de Friedreich

Les patients et patientes indiquent qu’il est nécessaire de disposer d’un traitement permettant de guérir ou de faire reculer l’AF. Ces personnes espèrent également un traitement permettant de ralentir ou d’arrêter la progression de la maladie, de mieux prendre en charge les symptômes, de maintenir ou d’améliorer la mobilité et l’énergie, et d’améliorer la qualité de vie liée à la santé (QVLS). Le besoin d’un traitement modificateur de la maladie pour l’AF, qui est une affection rare et invalidante sans option thérapeutique de rechange approuvée, n’est pas comblé.

Combien coute Skyclarys?

Le traitement par Skyclarys devrait couter annuellement environ 399 180 $ par personne.

Recommandation

Le Comité canadien d’expertise sur les médicaments (CCEM) recommande le remboursement de l’omavéloxolone dans le traitement de l’ataxie de Friedreich (AF) chez les patients et patientes de 16 ans ou plus, sous réserve des conditions énoncées au tableau 1.

Justification

L’AF est une maladie dégénérative rare et héréditaire qui provoque des lésions au système nerveux, entrainant des troubles de la coordination, de l’équilibre et des mouvements, de la fatigue et des difficultés d’élocution. Un besoin est à combler en matière de traitements efficaces chez les personnes atteintes de cette maladie.

Les résultats d’un essai de phase II à répartition aléatoire, à double insu et contrôlé par placébo (MOXIe Part 2) (N = 103) montrent qu’à la semaine 48, le traitement par l’omavéloxolone est susceptible d’entrainer un ralentissement du déclin neurologique chez les personnes atteintes d’AF par rapport au placébo. Dans l’ensemble de l’analyse complet, les personnes recevant l’omavéloxolone connaissent une amélioration moyenne (diminution) du score à l’échelle modifiée d’évaluation de l’ataxie de Friedreich (mFARS) de 1,45 point contre une aggravation (augmentation) de 0,90 point dans le groupe placébo, ce qui donne une différence moyenne estimée de -2,40 points (IC [intervalle de confiance] à 95 %, -4,31 à -0,50; p = 0,014 1). De plus, des améliorations aux activités de la vie quotidienne (AVQ) sont observées (différence moyenne = -1,30 point), et les critères d’évaluation secondaires (fonction des membres supérieurs, mobilité et fréquence des chutes) ne montrent pas de différences significatives. Il convient de noter que le besoin d’un traitement modificateur de la maladie pour l’AF, qui est une affection rare et invalidante sans option thérapeutique de rechange approuvée, n’est pas comblé.

Dans leurs commentaires, les groupes de défense des intérêts des patients et patientes et les personnes cliniciennes expertes soulignent le lourd fardeau de l’AF, les répercussions importantes sur la qualité de vie et l’absence de traitements modificateurs de la maladie efficaces. Les patients et patientes déclarent que même un ralentissement de la progression de la maladie pourrait contribuer à préserver leurs fonctions et leur autonomie. Le CCEM reconnait que bien que l’omavéloxolone semble répondre à certains besoins (par exemple, stabilisation de la mFARS et des AVQ), une incertitude demeure en raison de l’absence d’estimation de la différence d’amélioration significative (DAS).

Si l’on se fie au prix soumis par le promoteur pour l’omavéloxolone et aux prix accessibles au public pour les autres médicaments, le rapport cout/efficacité différentiel (RCED) de l’omavéloxolone combinée au traitement usuel est de 1 534 503 $ l’année de vie ajustée en fonction de la qualité (AVAQ) gagnée comparativement au traitement usuel seul (perspective d’un payeur de soins de santé). À ce RCED, l’omavéloxolone en combinaison avec les soins usuels n’est pas rentable à un seuil de disposition à payer de 50 000 $ l’AVAQ gagnée chez les patients et patientes de 16 ans et plus présentant une AF. Pour que l’omavéloxolone soit considérée comme rentable à un seuil de disposition à payer de 50 000 $ l’AVAQ, son prix doit être réduit.

Tableau 1 : : Conditions de remboursement et justification

Condition de remboursement

Justification

Conseils de mise en œuvre

Amorce du traitement

1. Adulte ou adolescent de 16 ans ou plus qui répond aux critères suivants :

1.1. diagnostic génétique d’AF établi;

1.2. score à l’échelle mFARS ≥ 20 et ≤ 80.

L’essai MOXIe Part 2 fournit des données probantes sur l’innocuité et l’efficacité de l’omavéloxolone chez les personnes ayant un diagnostic génétique d’AF établi âgées de 16 ans ou plus et dont le score initial à l’échelle mFARS est ≥ 20 et ≤ 80.

Les personnes cliniciennes expertes indiquent au CCEM que le diagnostic de l’AF devrait être fondé sur la confirmation de la présence de mutations bialléliques du gène FXN.

Il recommande d’exiger du promoteur qu’il en couvre les couts d’administration du score à l’échelle mFARS.

2. La durée maximale de la première autorisation est de 12 mois.

L’essai MOXIe Part 2 évalue le critère d’évaluation principal à la semaine 48.

Arrêt

3. Le traitement par l’omavéloxolone doit être interrompu si le score à l’échelle mFARS augmente de plus de 2 points lors de l’évaluation annuelle par rapport à l’année précédente, ou si le score dépasse 80.

Il n’y a pas de données probantes selon lesquelles l’omavéloxolone procure des bienfaits aux personnes dont le score à l’échelle mFARS est supérieur à 80.

L’essai MOXIe Part 2 montre que les personnes ayant tiré profit de l’omavéloxolone présentent une stabilisation de la maladie à la 48e semaine de l’étude. Compte tenu de la nature de la maladie et de l’ampleur des besoins non comblés, les personnes cliniciennes expertes et les groupes de patients et patientes sont d’avis que la stabilisation de la maladie ou le ralentissement de sa progression peuvent être considérés comme des résultats significatifs.

Prescription

4. Le suivi doit être effectué par des médecins en pratique clinique possédant de l’expérience du traitement de l’AF.

Il est important qu’un diagnostic juste soit posé et que l’AF soit prise en charge de façon adéquate pour veiller à ce que le traitement par l’omavéloxolone soit prescrit aux patients et patientes chez qui il est approprié.

Prix

5. Une réduction du prix.

Le RCED de l’omavéloxolone combinée au traitement usuel est de 1 534 503 $ par rapport au traitement usuel seul (perspective du payeur des soins de santé).

Une réduction du prix de l’omavéloxolone combiné au traitement usuel de 97 % est nécessaire pour que le RCED passe sous la barre des 50 000 $ l’AVAQ comparativement au traitement usuel seul.

Faisabilité de l’adoption

6. La faisabilité économique de l’adoption de l’omavéloxolone combinée au traitement usuel est abordée.

Au prix soumis, on s’attend à ce que l’impact budgétaire différentiel de l’omavéloxolone combiné au traitement usuel soit supérieur à 40 millions de dollars à chacune des années 1, 2 et 3.

CCEM = Comité canadien d’expertise sur les médicaments; AF = ataxie de Friedreich; LAL = leucémie aigüe lymphoblastique; mFARS = échelle modifiée d’évaluation de l’ataxie de Friedreich (modified Friedreich’s Ataxia Rating Scale; RCED = rapport cout/efficacité différentiel; RC = rémission complète; SDE = somnolence diurne excessive

Points de discussion

Demande de reconsidération

Le promoteur présente une demande de reconsidération de la recommandation provisoire sur l’omavéloxolone dans le traitement de l’AF chez les personnes âgées de 16 ans ou plus. Dans sa demande, le promoteur soulève les points suivants :

Lors de l’analyse de la demande de reconsidération du promoteur, le Comité a tenu compte des renseignements suivants :

Toute la rétroaction reçue en réponse à la recommandation provisoire est disponible sur le site Web de CDA-AMC.

Pour connaitre le contenu des sections Contexte, Sources d’information utilisées par le Comité, Considérations éthiques, Points de vue des parties prenantes, Données probantes cliniques et Données probantes économiques, veuillez consulter la recommandation anglaise.

Comité canadien d’expertise sur les médicaments

Date de la réunion (premier examen) : 26 février 2025

Membres du Comité

Les Drs Peter Jamieson (président), Kerry Mansell (vice-président), Sally Bean, Trudy Huyghebaert, Dennis Ko, Christine Leong, Alicia McCallum, Srinivas Murthy, Nicholas Myers, Krishnan Ramanathan, Marco Solmi, Edward Xie et Peter Zed, et MM. Daryl Bell, Dan Dunsky et Morris Joseph

Absences : 1 membre

Conflits d’intérêts : Aucun

Date de la réunion (reconsidération) : 26 juin 2025

Membres du Comité

Les Drs Peter Jamieson (président), Kerry Mansell (vice-président), Sally Bean, Ran Goldman, Trudy Huyghebaert, Dennis Ko, Christine Leong, Alicia McCallum, Srinivas Murthy, Nicholas Myers, Krishnan Ramanathan, Marco Solmi, Edward Xie et Peter Zed, et MM. Daryl Bell, Dan Dunsky et Morris Joseph

Absences : 3 membres

Conflits d’intérêts : Aucun