Vol. 6 No. 1 (2026)
Examens d’une technologie de la santé

Les antiviraux dans le traitement de la grippe A ou la grippe B soupçonnée ou confirmée

image décorative de la couverture

Publication : janvier 16, 2026

Messages clés

Quelle est la situation?

  • La grippe, une grave infection virale des voies respiratoires pouvant entrainer d’importantes complications, est l’une des principales causes de décès au Canada. Un traitement précoce par des antiviraux permet souvent d’en réduire les symptômes et les complications.
  • Actuellement, quatre antiviraux, soit l’oseltamivir, le péramivir, le zanamivir et le baloxavir marboxil, ont été autorisés par Santé Canada dans la prévention ou le traitement de la grippe. L’oseltamivir (par voie orale) et le zanamivir (par inhalation), dont le Canada possède des réserves, sont délivrés sur ordonnance. Le baloxavir marboxil (par voie orale; commercialisé en mars 2025), en quantités limitées, est délivré sur ordonnance, et le péramivir (par voie intraveineuse; autorisé en janvier 2017, mais non commercialisé) n’est offert que dans la cadre du Programme d’accès spécial de Santé Canada.
  • La dernière mise à jour des recommandations relatives à la constitution de réserves d’antiviraux au Canada remonte à 2017, avant même l’autorisation de mise en marché du baloxavir marboxil, sans tenir compte du péramivir. Depuis, l’Organisation mondiale de la santé (OMS) a rétrogradé l’oseltamivir dans sa liste des médicaments essentiels et recommande d’avoir des réserves d’antiviraux ayant différents mécanismes d’action.
  • Les données probantes comportent d’importantes lacunes quant au traitement de la grippe sans gravité; il faudra des comparaisons à jour de l’efficacité, de l’innocuité et de la pharmacorésistance associées aux différents antiviraux. L’Agence de la santé publique du Canada fait appel à l’Agence des médicaments du Canada pour appuyer la prise de décision intergouvernementale relative à l’utilisation des antiviraux en préparation à une pandémie de grippe.

Qu’avons-nous fait?

  • Nous avons trouvé une revue systématique (RS) récemment publiée, accompagnée d’une métaanalyse en réseau (MR), qu’on appelle dans le rapport et le rapport sommaire « RS et MR de référence », et nous avons procédé à son évaluation critique.
  • Nous avons effectué une recherche documentaire actualisée afin de relever de nouvelles études, publiées depuis la RS et MR de référence, et résumé les résultats de tout nouvel essai clinique randomisé (ECR) pertinent.

Qu’avons-nous trouvé?

  • L’évaluation critique de la RS et MR de référence révèle qu’en général, le degré de confiance accordée aux résultats est élevé, que la méthodologie de la MR est fiable et ses résultats, pertinents et crédibles.
  • Selon la RS et MR de référence le baloxavir marboxil, l’oseltamivir, le péramivir et le zanamivir n’entrainent pas de réduction significative du nombre de décès ou d’hospitalisations, ni d’augmentation des effets secondaires graves par rapport au traitement usuel ou au placébo. Toutefois, les antiviraux réduisent la durée des symptômes de la grippe d’un jour ou moins.
  • Dans l’ensemble, il n’y avait pas de différence d’importance en matière de résultats ou d’effets secondaires entre les antiviraux, notamment dans les différents groupes de patients et patientes. Le baloxavir marboxil pourrait cependant être associé à une augmentation du risque d’apparition de souches résistantes aux antiviraux.
  • De plus, un essai clinique récent comparant le baloxavir marboxil et l’oseltamivir n’a, lui non plus, révélé aucune différence sur le plan du soulagement des symptômes ou des effets secondaires graves. Cet essai, au moyen d’une différente méthode d’évaluation, a également permis d’observer une résistance aux antiviraux après un traitement par le baloxavir marboxil, mais pas après un traitement par l’oseltamivir.
  • Aucune des données probantes de la RS et MR de référence ou de la recherche actualisée effectuée le 9 janvier 2025 ne fait état d’abandon pour cause d’effets secondaires ou de la transmission de l’influenzavirus d’une personne à une autre. Les données lacunaires sur la transmission constituent une limite notable de la RS et MR de référence.

Qu’est-ce que ça signifie?

  • Dans l’ensemble, les décisions de constituer et renouveler des réserves d’antiviraux contre la grippe doivent se fonder sur leur efficacité, leur innocuité et leurs bénéfices possibles dans les populations présentant un risque élevé d’infection, de même que l’incidence des symptômes sur les ressources affectées aux soins de santé et le risque de résistance aux antiviraux. Bien que le baloxavir marboxil pourrait procurer des bienfaits, il faut faire preuve de prudence dans son utilisation en raison du risque de pharmacorésistance qu’il présente.
  • Compte tenu des difficultés de logistique et d’approvisionnement, il pourrait être justifié de disposer de réserves d’antiviraux plutôt que de dépendre de médicaments au même mécanisme d’action.